Épisode 5

Avant la classe : faciliter l’engagement

Enseigner avec le numérique

Dans la série « Repenser le temps d’apprentissage », les premiers articles accompagnent la question du temps des apprentissages : « Devoirs faits », « Parcours personnels de l’élève », « Réflexion sur le temps mobile » ou encore sur « La cohérence des temps d’apprentissages ». Ces écrits posent un premier cadre. Nous abordons maintenant, l’avant, le pendant et l’après de la classe. Nous nous questionnons sur le temps des évaluations dont celui de l’enseignant engagé à travailler et apprendre avec le numérique.

Mis à jour le dimanche 25 août 2024

La formation des enseignants, particulièrement en ce qui concerne les technologies, doit urgemment opérer une véritable rupture épistémologique, en passant du paradigme de l’optimisation (on forme à des dispositifs censés être excellents) à celui de l’adéquation (on forme au repérage des paramètres pertinents de l’environnement d’enseignements/apprentissage, ainsi qu’aux règles à suivre dans le choix et l’assemblage des éléments nécessaires à la construction de dispositifs adaptés).

Brunel, S., Girard, P., Lamago, M. (2015). Des plateformes pour enseigner à distance : vers une modélisation générale de leurs fonctions, AIP Primeca, La Plagne, France.

Cet article vous propose de faire un tour d’horizon de quelques leviers identifiés par les chercheurs et appliqués dans le cadre de parcours de e-éducation pour renforcer l’engagement des élèves dans les apprentissages, en amont de la classe.

Anticiper la rencontre entre élèves et professeurs avec le numérique

S’adapter au contexte, c’est identifier ce qui, dans un cours, peut être présenté de façon individuelle et ce qui mérite d’être travaillé dans une dynamique de groupe ou de tutorat. Ainsi, un élève pourra comprendre la définition d’un triangle à travers une courte vidéo, mais il devra en tracer lui-même pour s’approprier les théorèmes associés.

Cela peut passer par un réaménagement de la classe :

  • adopter une installation mobile permettant de passer de phases individuelles à des phases en groupes ;
  • proposer des pôles dédiés à des compétences et outillés en conséquence avec des tablettes, un TNI ;
  • réaliser un projet nécessitant un tiers lieu et du matériel précis qui permet de donner un autre enjeu à l’apprentissage tel que la réalisation d’une émission de radio.

Enfin, il s’agit d’être attentif au guidage. Sur support numérique, l’enseignant doit à la fois expliciter les attendus, penser l’ergonomie de la page pour ne pas risquer la surcharge cognitive, anticiper des temps de remédiation en direct pour accompagner au mieux les élèves.

À découvrir
Connac S. (2018), « Le tutorat entre élèves, Les jeudis de la Recherche, 8 mars 2018.

Stanislas Dehaene parle d’engagement actif pour décrire le fait de proposer aux élèves des activités régulières qui favorisent la mémorisation. Ainsi quelques parcours de référence pour voir et revoir certaines notions centrales peuvent permettre de réactiver des pré-requis.

Il est important, avant de débuter la découverte d’une notion, de faire émerger les représentations initiales des élèves. Cela permet de mesurer l’écart entre ce qu’ils savent et ce qu’ils doivent apprendre. C’est l’occasion aussi de démarrer par une expérience commune à la classe qui forge le groupe et sert de référence ensuite. « Souvenez-vous lorsque nous avons fait... ».

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Là encore, de nombreux chercheurs comme André Tricot insistent sur le fait que ce qui importe c’est l’adéquation de la tâche demandée avec l’objectif d’apprentissage visé. Si l’on souhaite que l’élève soit attentif à des informations dans une ressource, il convient par exemple de lui proposer un Questionnaire à Choix Multiples (QCM) avec la ressource en appui. Mais, si l’on souhaite qu’il commence à mémoriser, alors on veillera à ce que la ressource ne soit pas accessible au moment du test.

L’étape ultime est atteinte lorsque, face à un problème, l’élève mobilise de lui-même un savoir antérieurement appris pour le résoudre. Il convient d’anticiper l’objectif cognitif pour proposer à l’élève l’activité qui répond à ses besoins. Il faut donc anticiper les besoins pour anticiper les gestes du professeur.

Outre une maîtrise de la didactique des disciplines et de la pédagogie, cela suppose une bonne connaissance des outils à disposition. En effet, aujourd’hui le numérique offre la possibilité de créer des situations d’apprentissages inédites, telles que faire réaliser à ses élèves des tutoriels.

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Innover est une bonne chose puisque cela suppose d’interroger ses pratiques et de les faire évoluer. Néanmoins, il est aussi important, dans une certaine mesure, de donner aux élèves des repères et d’automatiser certaines tâches.

Pour ce faire, on peut ritualiser à la fois le moment et/ou le lieu où est utilisé le numérique : en début d’heure, lorsqu’on a fini, dans un coin de la classe, au CDI (Centre de Documentation et d’Information), à « Devoirs Faits [1] »… Il est important de montrer à l’élève que son travail en autonomie sur un support numérique fait l’objet d’un suivi.

On peut aussi créer des univers de référence avec par exemple un héros commun à plusieurs parcours que l’élève suivrait à la façon d’une série. On remarque d’ailleurs que les élèves prennent rapidement leurs habitudes sur la plateforme Éléa-Moodle et que passé le temps de la première connexion, ils développent des habiletés qui leur permettent de tirer le plein potentiel de l’outil, à condition qu’il apporte un réel intérêt pour comprendre, mémoriser et approfondir le cours.

Outre le fait que ces parcours proposent des intrigues inspirées de faits réels et donnent du sens aux apprentissages, la création d’un personnage de référence au sein des différents parcours contribue à faciliter la prise en main par les élèves qui y retrouvent un univers spécifique au sein duquel ils peuvent se construire des repères : un personnage identifié, une intrigue construite sur un schéma narratif similaire et une cohérence graphique qui favorise l’automatisation de certaines tâches.

À découvrir
Bourgeois, E. Le besoin de sécurité chez l’apprenant, Chaîne YouTube du CNAM Pays de Loire

La motivation est une affaire complexe. Entre l’envie motivée par les autres (extrinsèque) et l’envie de se dépasser (intrinsèque), Alain Lieury et Fabien Fenouillet rappellent que la seconde est plus durable que la première. Plus encore, ils démontrent que pour avoir envie, il faut se sentir capable et pouvoir, dans une certaine mesure, choisir le chemin à emprunter.

Engager une classe dans un concours, proposer une intrigue intéressante, valoriser les efforts par des consignes positives sont autant de leviers pour favoriser un engagement positif dans la tâche. Il s’agit donc ici de susciter l’envie de se dépasser en tant qu’élève mais aussi en tant que membre d’un groupe classe, dans un climat de confiance où le droit à l’erreur permet de surmonter les difficultés pour viser plus haut et plus loin.

N’oublions pas aussi que la mémoire s’appuie, entre autres, sur les émotions…

À découvrir
Fenouillet, F. La motivation dans les apprentissages avec le numérique, Les Jeudis de la Recherche du 21 mars 2019

Sur le site Néopass@ction [2], l’Institut Français de l’éducation (IFÉ) présente les postures enseignantes : contrôle, accompagnement, lâcher-prise, sur-étayage et enseignement. Avec le numérique, chacune de ces postures prends un nouveau sens. Ainsi, avec un parcours sur lequel les élèves évoluent avec un suivi accessible à l’enseignant, il devient plus simple de lâcher-prise.

De même, il faut veiller, lorsque l’on rédige les consignes à ne pas risquer le sur-étayage tout en étant le plus explicite possible. Cet équilibre délicat à trouver dans un premier temps permet toutefois d’apporter des réponses efficaces à nos élèves.

Plus encore, derrière cette idée d’être disponible, vient se poser la question de la congruence. D’accepter les élèves pour ce qu’ils sont : des enfants, des adolescents, des adultes en devenir et aussi de ne pas chercher à se donner une posture contre nature que les élèves percevraient. Se rendre disponible, c’est, avant la classe, se donner les moyens d’aller à la rencontre des élèves.

À découvrir

Avec le numérique, préparer l’avant de la classe est plus indispensable que jamais. Mais, il s’agit ici d’investir du temps pour en gagner après. Cette fine scénarisation du cours, prenant le soin de mobiliser différents leviers, permet d’optimiser les apprentissages de plusieurs façons :

  • Choisir les activités les plus efficaces pour atteindre les objectifs d’apprentissages visés ;
  • Permettre aux élèves de devenir autonomes dans un environnement conçu par l’enseignant ;
  • S’approprier les connaissances de façon active ;
  • Donner plus de place aux interactions entre élèves et enseignants, celles-là même qui semblent aujourd’hui indispensables à un apprentissage efficace.
Le temps investi en amont, est autant de temps gagné pour la suite puisqu’il ne reste ensuite à l’enseignant qu’à améliorer, à la marge, ces ressources pour toujours plus d’efficience auprès des élèves.

[2Cette plateforme en ligne veut offrir des ressources réalisées à partir de travaux de recherche fondés sur l’observation du travail des enseignants. Cette plateforme est un outil parmi d’autres pour la formation des enseignants. Elle peut être utilisée :
 à titre personnel par toute personne disposant d’une adresse internet académique ;
 en situation de formation par un tuteur ou un formateur.

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