Dans cette série « Repenser le temps d’apprentissage », nous vous proposons quelques pistes de réponses, associant travaux de chercheurs et exemples de mise en œuvre. Nous espérons ainsi vous permettre de trouver des exemples inspirants.
Dans cet article, nous vous proposons de découvrir l’idée de temps mobile, une proposition d’Aniko Husti de l’INRP évoquée en 1980 et pourtant bien d’actualité.
Mis à jour le dimanche 25 août 2024
L’accompagnement personnalisé (AP), « Devoirs faits » ou encore les classes inversées sont autant de propositions pour repenser les temps d’apprentissage.
Déjà en 1995, dans son ouvrage Gagner/perdre du temps dans l’enseignement publié par l’INRP, Aniko Husti propose le concept de « temps mobile ». Ses préconisations portent à la fois sur l’organisation des emplois du temps et sur les contenus pédagogiques. Elle poursuit l’idée de faire du temps de travail de l’élève un outil au service des apprentissages. Vingt ans plus tard, l’évolution du numérique permet de relire autrement ses préconisations, offrant de nouvelles perspectives.
Comment la e-éducation permet-elle de rendre le « temps mobile », c’est-à-dire de créer un continuum pour favoriser la réussite de chaque élève ?
Dans l’article qui suit, des exemples de parcours sur la plateforme Éléa-Moodle illustrent comment optimiser l’articulation des temps d’apprentissages des élèves. Ces parcours réalisés par des enseignants sont consultables et ré-exploitables pour ceux qui disposent d’un accès à la plateforme. Ces propositions peuvent aussi inspirer d’autres usages avec d’autres outils.
Le « temps mobile » : trois principes pour créer un continuum entre les temps d’apprentissage
Outre le fait qu’un même support est utilisé en classe et hors la classe, enseigner avec le numérique permet d’envisager des alternatives pour optimiser les temps d’apprentissage. Il devient possible d’instaurer un continuum entre les différents moments que l’élève consacre à son travail scolaire. En proposant des scénarios pédagogiques hybrides, alternant phases en présence et à distance, l’enseignant gagne en cohérence auprès des élèves qui disposent d’un fil rouge conducteur.
Le temps devient alors « mobile » puisque les scénarios respectent les trois principes qui caractérisent ce concept...
Objectifs et exemples de mises en œuvre
On peut associer chacun des 8 objectifs proposés par Aniko Husti dans le cadre de la notion de « temps mobile ».
Dans ce cadre, c’est l’interaction qui est recherchée. Il s’agit d’alterner des ressources et des activités qui aient du sens. En s’appuyant sur les taxonomies des apprentissages [1], les différents types d’activités identifiées et les outils disponibles, l’enseignant peut proposer un contenu interactif et efficace. Par exemple, un QCM permettra de vérifier qu’une vidéo a été vue ; mais, pour inviter l’apprenant à construire un raisonnement, l’enseignant peut préférer demander la production d’un écrit. Une ressource en ligne intitulée la spirale de la e-éducation a été réalisée afin d’aider les enseignants à concevoir leurs scénarios pour rendre l’élève acteur de ses apprentissages. Elle est particulièrement utile pour identifier ce qui peut-être mobilisé pour travailler chaque capacité.
L’observation des systèmes éducatifs internationaux interroge la question de l’emploi du temps heure par heure, discipline par discipline. La création de parcours de e-éducation permet de redonner de la continuité dans la progression de l’élève et d’éviter la sensation de morcellement des tâches - sans introduire de changements structurels dans l’organisation des établissements. Un parcours débute généralement par l’annonce d’une tâche finale dont la réalisation est guidée, étape par étape. La progression de l’élève devient pour lui visible. Le travail gagne en cohérence puisque d’heure en heure, l’élève progresse dans le travail sans avoir à repartir de zéro. Les démarches de projet peuvent être facilitées quelque soit le temps dans lequel il s’inscrit. L’exemple qui suit l’illustre pour un enseignant dans sa seule matière, mais il va de soi qu’une mise en œuvre pluridisciplinaire permettra de gagner en cohérence.
L’alternance de tâches à faire à la maison et en classe permet de gagner en cohérence. Le changement entre le temps en classe et hors la classe est mis à profit pour alterner les phases de découvertes, de mises en pratique et d’ancrage afin d’accompagner l’élève dans l’acquisition des savoirs et des savoir-faire. Le travail en classe et les devoirs ne sont plus mis dos à dos, mais ils prennent sens. Tantôt l’on cherche à susciter la curiosité de l’élève, tantôt on l’aide à ancrer ses connaissances. D’ailleurs à la maison, en AP ou pendant « Devoirs Faits », les accompagnants disposent d’un même support de cours. L’accompagnement de l’élève gagne en cohérence.
Les ressources qui peuvent être mises à disposition (pdf, image, image active, vidéo, etc.) ainsi que les activités disponibles dans un parcours la plateforme Éléa-Moodle sont nombreuses. L’enseignant dispose donc d’un choix important qui lui permet autant d’offrir une réponse personnalisée aux élèves que de varier les activités pour éviter d’entrer dans une routine. La e-éducation offre la possibilité d’utiliser de très nombreuses postures de la pédagogie différenciée, aux classes inversées en passant par l’apprentissage par projet. L’élève peut découvrir les contenus d’apprentissage à travers différentes tâches ce qui lui permet de mieux comprendre et de mieux apprendre car il parvient à identifier ses réussites et ses axes de progression.
Donner du temps aux élèves et les laisser trouver par eux-mêmes, renforce la motivation. En effet, sans une part d’autonomie et de libre arbitre, les apprenants ne peuvent s’engager pleinement dans le travail [2]. La e-éducation permet aux élèves d’une même classe d’avancer à leur rythme. L’enseignant peut proposer des dates butoirs dans les paramètres des activités de la plateforme Éléa-Moodle. Il permet aux élèves d’identifier des objectifs atteignables tout en leur laissant un temps suffisant pour avancer à leur rythme, selon leurs besoins. Il leur permet ainsi de découvrir, de tâtonner, d’avancer par essai/erreur. C’est aussi une façon de transmettre le plaisir d’apprendre.
Dans un parcours en totale autonomie sur la plateforme Éléa-Moodle, le professeur accède à un suivi qui lui indique pour chaque élève ce qui a été fait et les difficultés éventuelles rencontrées. Au fur et à mesure, l’enseignant peut les regrouper et dans un petit atelier de remédiation les aider à surmonter une étape, à consolider un savoir. Si un groupe termine plus tôt, il peut les inviter à s’inter-évaluer ou à tutorer leurs camarades. Dans une posture de lâcher-prise, il a la liberté d’observer ses élèves en action.
Terminer le programme, avancer dans un chapitre ou encore récupérer les devoirs des élèves sont autant de situations où le temps s’avère une contrainte. Pourtant, combien d’élèves avancent au fur et à mesure de leur agenda, peinant à anticiper leurs devoirs ? Les outils de suivi tel que l’ENT ou les cartes de progression de la plateforme Éléa-Moodle renseignent l’élève. C’est l’occasion d’amorcer une réflexion avec les élèves sur l’importance d’une bonne organisation pour réussir : anticiper son travail, préserver son sommeil ou encore s’organiser par un planning.
Proposer aux élèves de devenir acteurs, leur donner la sensation de pouvoir participer à l’élaboration du cours est important. Créer, communiquer, exercer son esprit critique sont des compétences pour lesquelles il faut impérativement réinvestir des connaissances. Avec un parcours de e-éducation, le professeur peut devenir observateur. Sur la plateforme, il met à disposition des élèves les outils nécessaires. En classe, il peut agir en retrait et laisser les élèves œuvrer dans une autonomie relative.
À travers le concept de « temps mobile », Aniko Husti propose « un enseignement qui vise à une participation active de l’élève en lui donnant du temps pour réfléchir, pour communiquer, pour travailler collectivement ». Cela « nécessite des durées et des rythmes diversifiés et un emploi du temps variable pour les adapter au contexte global d’un apprentissage et au rythme de l’élève ». Intégrant vingt ans d’avancées à la fois pédagogiques et numériques, repenser les temps d’apprentissage est l’un des axes que la Drane porte.
Pour en savoir plus
A. Husti, Garder/perdre du temps dans l’enseignement, INRP, 1994