Quelques points de vigilance pour bien démarrer
L’intelligence artificielle générative s’impose désormais dans le quotidien de nos élèves, qui y ont recours pour rédiger, réviser, s’informer — souvent sans en maîtriser les codes, ni mesurer les limites de ces outils. Face à cette évolution, notre rôle n’est pas d’interdire, mais d’éduquer : comment les amener à adopter une posture critique et responsable ? Comment transformer un usage passif en démarche active d’apprentissage ?
Cet article propose de vous outiller pour accompagner vos élèves dans un usage plus réfléchi de l’IA. En explorant la manière dont on peut guider un agent conversationnel avec des instructions précises — à travers un prompt bien construit — vous découvrirez comment ces outils peuvent devenir de véritables alliés pédagogiques, notamment dans le cadre de la préparation au baccalauréat.
Dans quel contexte pédagogique expérimenter un assistant virtuel ?
Au regard des précautions évoquées en introduction, il peut sembler risqué de proposer ce type d’outil en autonomie totale. En effet, laisser les élèves interagir seuls avec un agent conversationnel, sans visibilité sur les questions posées ni sur la fiabilité des réponses, revient à s’engager dans une démarche pédagogique sans filet.
Pourtant, les premiers tests menés avec divers extraits montrent des résultats globalement pertinents. Le plus simple est encore de se mettre soi-même en situation d’élève : si les réponses générées vous paraissent cohérentes et exploitables, vous pourrez ensuite envisager de proposer l’exercice à vos élèves, en explicitant les précautions nécessaires.
Une approche intermédiaire pourrait consister à organiser un travail en binôme : pendant que l’un s’entraîne à l’oral sans support, l’autre confronte les réponses de l’IA aux connaissances vues en classe. Ce croisement permet d’instaurer une distance critique tout en consolidant les acquis.
Idéalement, ce type d’expérimentation gagnerait à s’inscrire dans la durée. On pourrait imaginer des séances dédiées à la méthodologie de l’oral, avec une différenciation des tâches : les élèves les plus autonomes travaillent avec l’IA, tandis que l’enseignant accompagne plus étroitement ceux qui ont besoin d’un appui humain renforcé.
La méthode générique pour le prompt
Afin de comprendre le principe de rédaction de ce type de prompt, commençons par en décrire les principaux constituants.
1- Décrivez le profil de l’utilisateur :
Je suis [profil et niveau scolaire]
J’ai besoin [description du besoin]
2- Décrivez le profil professionnel visé pour cet assistant :
Agis comme [poste souhaité] qui intervient [établissement] [classe] [profil et niveau scolaire des élèves]
Tu as [diplômes]
Tu es reconnu pour [compétences, réalisations]
3- Définissez sa mission :
Ta mission est de [rôle de l’assistant]
4- Décrivez les modalités et les attendus de l’épreuve scolaire pour laquelle l’élève va s’entraîner :
Cette épreuve consiste [description exhaustive de l’épreuve et des attendus]
5- Décrivez les différentes étapes que l’assistant devra suivre pour l’aider dans son entraînement :
Tu suivras les étapes décrites ci-dessous dans l’ordre indiqué.
[description exhaustive des étapes]
Finissez le prompt par « D’accord ? » pour faire valider l’instruction avant de lancer l’entraînement.
Un prompt à tester
Voici maintenant le texte complet d’un prompt à tester et à ajuster en fonction de vos besoins.
Une fois les ajustements nécessaires réalisés, vous pourrez le communiquer à vos élèves.
Ainsi, ils apprendront à rédiger des instructions transformant un simple chatbot en un assistant qui pourra les aider à réviser l’oral de français à partir des extraits présentés sur leur liste de bac.
Agis comme un professeur de lettres modernes qui enseigne en première générale.
Tu as eu le concours à Bac+5. Tu exerces depuis plusieurs années et tu fais preuve d’une grande expertise didactique et pédagogique en lettres modernes. Tu as publié un manuel pour la classe de première. Tu es reconnu par l’inspection académique pour ta capacité notamment à mettre en place des dispositifs d’aide aux élèves en difficultés. Tu es intraitable sur les questions d’orthographe et de grammaire et tu ne laisses passer aucune faute, ne lâchant pas l’élève jusqu’à ce qu’il ait corrigé son erreur.
Inutile de rappeler ce parcours aux élèves, tu es là simplement pour les aider à progresser.
Voici comment se déroule cette épreuve :
Cette épreuve vise à apprécier les compétences et connaissances que les cours de français de collège et de lycée ont permis aux élèves d’acquérir, mais aussi leur travail personnel.
Il s’agira pour eux de manifester la qualité de leur expression orale, leur capacité à développer un propos et à dialoguer avec l’examinateur ou examinatrice.
Ils auront à faire la preuve de leur aptitude à lire et interpréter des textes et des œuvres littéraires, à justifier un choix, à exprimer une sensibilité et une culture personnelles.
Précédée d’un temps de préparation de 30 minutes, l’épreuve orale proprement dite dure 20 minutes. Elle comprend :
- un exposé d’une durée de 12 minutes se composant d’ une courte situation du passage choisi par l’examinateur parmi les textes ayant fait l’objet d’une explication durant l’année, de la lecture à voix haute, juste, pertinente et expressive, du passage, par l’élève, puis d’une explication linéaire du passage par l’élève, et du traitement de la question de grammaire.
- un entretien d’une durée de 8 minutes se composant d’une brève présentation de l’œuvre retenue par l’élève et des raisons de son choix, d’un échange avec l’examinateur : l’élève aura ici à réagir à ses relances.
Ta mission est me préparer à l’oral du baccalauréat.
Tu utilises la méthode suivante :
- Tu me demandes de te fournir le texte par un copier coller.
- Tu me demandes de présenter le texte
- Quand j’ai répondu, tu me fais un retour et surtout tu me signales si jamais j’ai fait des fautes d’orthographe et de syntaxe pour que je me corrige. Tu vérifies bien que le texte est correctement présenté avec l’auteur, la date, le genre littéraire, un court résumé et une contextualisation de l’extrait. Si ce n’est pas le cas, tu me poses des questions complémentaires. Si je réponds toujours à côté, tu me proposes un exemple d’introduction qui serait pertinent pour l’oral.
- Tu choisis une phrase du texte que j’ai fourni et tu me demandes d’en proposer une analyse littéraire, stylistique et sémantique. Si ma réponse montre que je n’ai pas compris le sens du texte ou si je propose des interprétations erronées, alors tu m’incites à réfléchir grâce à de nouvelles questions. Si je réponds toujours à côté, tu me proposes une analyse plus pertinente.
- Tu choisis une phrase et tu me demandes d’en proposer une analyse syntaxique (grammaticale).
- Quand j’ai répondu, tu me fais un retour et surtout tu me signales si jamais j’ai fait des fautes d’orthographe et de syntaxe pour que je me corrige. Si ma réponse est incomplète, tu me poses des questions sur ce que j’ai oublié. Si je me suis trompé, tu me le dis et tu m’invites à corriger ma réponse. Tu peux me donner des indices. Après plusieurs échanges, tu peux me proposer une réponse corrigée.
- Tu me fais un retour détaillé sur ce que j’ai encore à travailler et sur ce que j’ai réussi.
D’accord ?
Utiliser une solution compatible avec le RGPD
Il vous reste à tester cet assistant en français pour réviser l’oral du bac.
Vous pourriez utiliser une des solutions d’IA proposée gratuitement, mais la question des données se posera à partir du moment où vous avez besoin de créer un compte.

Capture d’écran de Vittascience - Transciption
L’image montre l’interface utilisateur du module IA-texte de Vittascience. L’interface est divisée en plusieurs sections :
En haut, on trouve des boutons pour créer un nouveau projet, sauvegarder, importer, et accéder à un tutoriel.
À droite, des options permettent de sélectionner le modèle d’intelligence artificielle (ici, GPT-4o), d’ajuster le niveau d’aléatoire des réponses, et de visualiser les instructions.
En bas, il y a des boutons pour nettoyer, régénérer ou envoyer une instruction. Il y a aussi des modes « Texte » et « Discussion » et des boutons pour exporter vers Adacraft ou Python.
Au centre, un grand espace blanc est prévu pour l’affichage des réponses de l’IA, et en dessous, une zone de texte pour entrer des instructions.
Plusieurs onglets de questions ou prompts sont visibles, comme « Pourquoi les marées existent-elles ? », « Les accordéons sont-ils français ? », etc.

DuckDuckGo AI Chat - Transciption
Dites bonjour à DuckDuckGo Al Chat !
Accès anonyme à des modèles d’IA populaires, notamment GPT-3.5, Claude 3 et les modèles open-source Llama 3 et Mixtral.
– Conversations privées, renduesanonymes par nos soins
– Vos conversations ne servent pas à entraîner l’IA
– Plusieurs modèles
d’IA, le tout en un seul endroit
Quelques extraits des échanges avec l’assistant programmé par ce prompt
En fonction de la solution d’IA utilisée, les résultats seront plus ou moins pertinents. Certaines solutions déroulent le scénario complet de l’exercice sans étapes d’interaction, ce qui n’a aucun intérêt. D’autres ne formulent pas les conseils attendus.
Pour affiner les interactions obtenues, n’hésitez pas à faire des tests en modifiant le prompt initial.
Ajoutez des instructions supplémentaires et testez le résultat.
Voici quelques extraits des échanges menés avec un assistant d’IA qui a été programmé grâce à au prompt présenté ci-dessus :
« Maintenant, pouvez-vous m’expliquer la structure de cette phrase ? Quel est le rôle de la proposition "comme les gens qui ne peuvent endurer qu’une certaine dose de musique" ? »
Centaure versus Cyborg
Nous assistons depuis plusieurs mois à des avancées fulgurantes de l’IA.
Il est déjà possible d’échanger en langage naturel à l’oral et très bientôt l’agent conversationnel pourra adopter une prononciation de plus en plus proche d’un interlocuteur humain, avec des modulations imitant des émotions.
Il est probable que des solutions de plus en plus fiables et efficaces puissent être expérimentées dans un avenir proche, sans pour autant que l’IA constitue une menace pour le métier d’enseignant.
Enseigner, c’est s’adapter en temps réel à des contextes toujours uniques et à des groupes d’élèves constitués individualités multiples. Ces compétences humaines resteront irremplaçables, mais pourront tirer profit d’une aide technologique de plus en plus experte.
Face à l’IA et aux innovations possibles, plusieurs attitudes peuvent être adoptées.
Nous pourrions nous contenter de déléguer des tâches spécifiques à l’IA, de manière un peu trop passive. Mais nous risquerions alors de ne pas comprendre les enjeux et de passer beaucoup de temps à analyser le résultat obtenu, sans pouvoir intervenir à des moments clés pour améliorer la production finale.
Nous serions comme coupés en deux, à la manière du centaure, humain d’un côté, IA de l’autre.

Image générée avec l’IA - Transciption
Image générée avec l’IA à partir du prompt « un centaure et un cyborg se regardent ».
Une posture plus intéressante consisterait à s’appuyer sur l’IA comme sur un assistant venant augmenter et même décupler la qualité de nos productions, nous permettant de gagner en efficacité et en créativité grâce à des commandes spécifiques et des prompts ciblés.
La métaphore du cyborg, de l’humain augmenté grâce à l’IA correspond à cette deuxième manière d’envisager les différents usages qui pourraient être ainsi réalisés, en conservant toujours la distance critique et l’agentivité nécessaire.
Choisir de devenir cyborg lorsque c’est utile et pertinent nécessitera de bien comprendre le fonctionnement de l’IA et de se former pour monter en compétences.
Pour aller plus loin
- Les métaphores du « centaure » et du « cyborg » sont issues de l’étude « Field Experimental Evidence of the Effects of AI on Knowledge Worker Productivity and Quality » publiée par Harvard Business Review et Boston Consulting Group en septembre 2023.
- En savoir plus sur la rédaction d’un prompt : IA générative : l’art du prompt